Nous avons un Prix Nobel d'économie. Les universitaires américains se l'arrachent. Les économistes l'envient un peu et le citent. Les politiciens s'en recommandent. Les médias embouchent les trompettes de la renommée.

Moi qui ne suis rien de tout cela, je me méfie de tout ce que j'ai lu, ou entendu. Je m'en tiens surtout à ce que je vois et que je vérifie. Je n'ai pas d'autre ambition que d'être une luciole dans les ténèbres.

 

Au risque de paraître présomptueux, malgré et à cause de mon admiration, j'ose dire que le fanal qui éclaire l'économie nationale papillote parfois un peu. C'est notamment le cas quand son porteur déclare « qu'une forte hausse de l'immigration n'affecte pas ou presque pas le taux de chômage à moyen et long terme, même si c'est sans doute un peu moins vrai à court terme. Cf Le Point du 5 mai 2018.

Les mots mis en gras appellent en urgence le doute scientifique !

« Forte hausse », « court, moyen et long terme », « pas ou presque pas, et « un peu moins vrai », n'ont guère de signification quand ils ne sont pas chiffrés.

La simple logique infère que le court terme commence à chaque instant et que nul ne sait ce que sera sa durée. C'est un peu gênant pour déterminer et des flux et des stocks.

Il doit bien y avoir à Toulouse quelque point névralgique où la circulation automobile permettrait de vérifier le bien fondé de cette remarque !

Tout vieux routard de l'opérationnel productif sait que tout système de production collective risque d'être retardé ou bloqué par quelque goulet d'étranglement primordial.

Ce constat a cinq corollaires :

  1. Chaque sous-système coopérant tend à « s'aligner » sur ce goulet « G », en se réservant une marge pour ne pas se faire remarquer ;

  2. De proche en proche s'établissent autant de goulets d'étranglement que de coopérants, ce qui génère une série de goulets égaux à G plus epsilon ;

  3. Un goulet en cache toujours un autre et il faut traiter chacun comme s'il était seul ;

  4. Dès lors que l'on a laissé s'établir une série de goulets, il devient illusoire d'espérer rétablir la production nominale ;

  5. L'existence d'un goulet prend toujours en quelque point une apparence physique qui ne peut échapper à un regard exercé. ( Retards de production, retards de livraison, accumulation de personnes en attente sur des quais ou sur un lieu d'incident, accumulation de matériel en attente sur des étagères, dans des ateliers, sur des parkings...)

 

Ces quelques remarques appellent à suivre ce débat que l'on voit poindre dans la presse sur la nullité des Français en économie et la médiocrité de nos économistes.

Politiciens et économistes semblent moins s'intéresser aux réalités présentes du terrain qu'à la macroéconomie. Ils se perdent dans l'étude d'agrégats comptables qui sont toujours le reflet du passé et globalisent de manière inadéquate des entités et des phénomènes de natures différentes. Ils ne perçoivent pas la dynamique de l'action.

Il y a pourtant des pratiques visibles par tous, connues des responsables locaux, notamment aux approches des structures d'approvisionnement des matériaux de construction. Ce sont là autant de répliques de la place de Grève où des groupes de personnes n'attendent pas un autobus mais espèrent se faire recruter « à la sauvette » pour faire de la manutention. »

Aux carrefours les plus proches on peut aussi observer l'épanouissement d'une mendicité rythmée par les feux rouges.

C'est sans doute en ces lieux que l'économiste percevra le mieux que le court terme prend un nouveau départ...toutes les trois minutes !

C'est ainsi que l'économie gagne toujours de vitesse ceux qui prétendent la régenter.

Et que l'emploi s'asphyxie, en courant derrière son ombre statistique.

 

Pierre Auguste

Le 13 juin 2018