Si l'on en croit les vaseux communicants, la réforme n'existe pas mais elle continue.

On nous a saturés du travail en tous ses états. Le chômage s'obstine. Les optimistes de la com font frémir leurs violons. Ils vont maintenant nous régaler de retraite. Mieux encore qu'Harpagon, nous allons devoir faire bonne chère avec peu d'argent.

Pour vous mettre en bouche, je vous ai accommodé une petite chronique anachronique. C'est une fiction de fantaisie. Comme il y est question de température, il faut vous disposer à la prendre au second degré. Vous y retrouverez peut-être des échos des chants de salle et de corps de garde dont vous avez égayé votre folle jeunesse.

 

Sémiramis, la reine de Babylone, fit construire une piscine pour agrémenter ses jardins suspendus... Cela vaut bien un point de suspension.

Mais le malheur voulut que les architectes royaux fissent enfouir profondément cet équipement au lieu de le construire en superstructure. Mal inspirée, la reine en son conseil donna son blanc-seing au projet.

Démocrate avant l'heure, Sémiramis la reine aux grands desseins, ouvrit largement l'accès à cet équipement, qui ne satisfit pas tout le monde. La température des eaux de surface était agréable et, comme les grands animaux marins prédateurs, les gens en cour aimaient à y batifoler entre soi.

Tout en bas dans les abysses, la température culminait vers quatre degrés sur l'échelle de Celsius qui n'existait pas encore. Mais la physique commandait déjà que la température de l'eau correspondît au maximum que peut atteindre la densité de l'eau en son état liquide. Les eaux profondes devinrent les lieux de rencontre de tous les relégués qui n'avaient pas un débouché naturel en surface ni un droit d'accès à la tranche médiane des eaux.

La classe moyenne des mammifères marins ne se risquait pas trop dans les profondeurs. Elle se cantonnait dans son juste milieu où elle vivait le plus souvent en apnée et venait, de temps à autres, ouvrir ses évents à l'air libre pour souffler un peu.

Sémiramis fit venir Archimède en personne pour mettre un peu d'équité dans cette répartition thermique déséquilibrée.

Pour brasser l'eau de la piscine, cet homme de principe fit installer plusieurs des vis de son invention, dont il a encore l'honneur de porter le nom.

Comme les couches sociales, les couches d'eau ont une rémanence réfractaire aux actions politiques.

Les usagers du bas ne perçurent pas de différence. Les usagers du mitan ressentirent un net refroidissement de leurs extrémités. Dans leur grande sagesse législatrice, les usagers du haut trouvèrent promptement des accommodements dérogatoires propres à maintenir leurs tièdes habitudes.

Communication avec les Dieux, pratiques rituelles, astrologie, interprétation des présages de tous ordres, prophétisme, oniromancie, ces bougres de mésopotamiens avaient tout inventé et inventorié dans leurs tablettes.

Annonces et discours sur la réforme des retraites nous sont aujourd'hui assénés avec une vigueur et dans un flou incompatibles. Cela laisse rêveurs les héritiers des pratiques divinatoires de la Mésopotamie antique.

Sans prétendre lire l'avenir dans les mouvements des astres ni dans les entrailles des animaux on peut, sans grand risque de se tromper, augurer que nous devrons vivre longtemps dans les affres de la glorieuse incertitude du sport de la vie, tout d'endurance.

On nous promet un système de répartition par points dont le point aura la même valeur pour tout le monde. En même temps, nul ne nous dit comment seront distribués et plafonnés les points ! La retraite nous promet de beaux retraits. Il faut se préparer à entendre de belles discussions et à voir ce brave Archimède reprendre du service pour atténuer les turbulences des eaux de notre grande piscine fiscale. Même en prenant son bain, il risque de ne pas trouver comment donner aux ponctions un tour de vis efficace.

 

Pierre Auguste

Le 12 septembre 2018