Yuval Noah Harari traite en six pages sa quinzième leçon. Sur l'ignorance.

 J'ignore s'il faut être ignorant ou savant pour accomplir une telle performance. Par ses précédentes leçons nous savons que Yuval s'intéresse aux nouvelles technologies et à l'intelligence artificielle qui expliquent peut-être cette alacrité d'expression.

 Deux thèses se dégagent de ce bref élan pédagogique.

 

Selon la première, « Vous en savez moins que vous ne le pensez ». Le constat est simple et n'est guère contestable. Si faible qu'il soit, tout roseau pensant y a déjà pensé. Il sait que le savoir universel est infini et en expansion et que nul ne peut en faire le tour. Il eût été mieux à sa place dans le leçon sur l'humilité qui lui a été prise par la sexualité, laquelle manque parfois de savoir-vivre.

 La deuxième thèse nous chante la vieille antienne politico-philosophique selon laquelle la pensée collective serait toujours plus efficiente que la pensée singulière.

 Je ne vais pas me lancer dans une quête des exemples célèbres d'innovateurs et d'inventeurs solitaires. Albert Einstein devrait suffire.

 Je ne veux pas ignorer tous ces penseurs collectivistes qui déclarent que le mythe du penseur solitaire est révolu. Peut-être veulent-ils se faire pardonner de n'avoir rien inventé de notable.

 Moi qui ai beaucoup travaillé et gambergé en ma vie, seul et en groupe, je m'inscris en faux devant une tel manichéisme.

 Dans un travail de groupe, la direction de fait est vite prise par les plus forts en gueule , les pleins d'entregent, les plus volubiles. Les plus compétents et les plus avisés n'ont qu'à s'aligner. Les dominants hiérarchiques ont toujours le dernier mot.

 C'est ainsi que la pensée et l'action collectives sont coutumières de fiascos dont les conséquences sont bien plus dommageables que les bourdes individuelles. Mais elles sont souvent trop tardives, occultées ou déniées, pour être décelées et être reprochées aux responsables.

 Pour être bref je ne rappellerai qu'un cas pris dans un passé lointain pour ne pas fâcher les « grands » d'aujourd'hui. Mais ce sera un morceau d'anthologie, une prouesse de la concertation et du consensus que gagneraient à bien connaître ceux qui, collectivement, veulent faire chanter les lendemains.

 Je veux parler de la saga de la rénovation des Abattoirs de Paris-La Villette. En voici les grande étapes. À coups de serpe.

 1867-Inauguration des abattoirs de la Villette construits pour rénover et regrouper les abattages dispersés dans Paris des animaux vivants.

 1959-Décision de rénover les abattoirs à la demande des professionnels de la viande et lancement d'un projet ayant reçu l'accord général des pouvoirs publics, des professionnels, des syndicats et de tous ceux qui avaient un mot à dire.

 Durant les travaux fut mise en place une phase intérimaire d'abattage en province et d'importation d'animaux morts grâce à l'avènement du transport frigorifique moins onéreux qui donna satisfaction.

 1970-Arrêt des travaux alors que « l'hôtel à vaches » était pratiquement terminé.

 1974-Fermeture de l'abattoir industriel

1979-Réaménagement du site pour en faire la Cité des sciences et de l'industrie.

 J'ai vainement cherché à savoir qui a pensé à cette reconversion intelligente. Mais je parierais que cette idée n'a pu jaillir que dans la tête d'un individu.

 Les individus peuvent toujours se concerter. Les institutions préfèrent toujours s'imposer.

 Et voilà pourquoi je me fie plus volontiers à la pensée solitaire qu'à la pensée solidaire !

 

Pierre Auguste

 Le 3 avril 2019