La justice est un grand mot. Par ses deux principales acceptions il désigne, soit une valeur morale, soit l'institution qui en est la garante.

Ce n'est pas par hasard que la justice, et l'injustice sa sœur jumelle, fassent grand bruit. Les gros temps socio-politiques courent en même temps, chez-nous et dans le vaste monde.

Yuval Noah Harari consacre sept pages et-demie à ces menues-lacunes de la justice des hommes qui remontent à la nuit des temps et semblent s'obstiner à durer autant que l'humanité.

 

Ce texte mérite cependant d'être lu, tant pour son contenu que pour l'éclairage qu'il apporte sur la méthode, les intentions de l'auteur et le plan de l'ouvrage.

Nul ne peut être assuré de la validité de ces prévisions séculaires. Mais Il est remarquable qu'un ouvrage publié, en 2018 donc écrit avant la vague de revendication qui emplit l'actualité nationale et même mondiale, mette en bonne place les thèmes de la justice sociale et de la justice fiscale..

Selon Yuval, « même si nous le souhaitons vraiment nous sommes pour la plupart incapables de comprendre les problèmes moraux du monde » L'injustice s'accroît par la complexité de la société technicienne, par les interdépendances multipliées par la mondialisation , par le captage plus ou moins délibéré des richesses par l'élite dirigeante.

« Pour essayer de comprendre et juger les problèmes moraux de cette ampleur les gens choisissent parmi quatre méthodes :

« La première consiste à réduire le problème...Une intrigue claire et simple remplace alors la complexité historique du conflit »

« La deuxième consiste à se concentrer sur une histoire humaine touchante, censée illustrer la totalité du conflit. »

« La troisième méthode pour aborder les problèmes moraux à grande échelle consiste à tisser des théories du complot. »

« Personne n'est donc capable de tirer les ficelles efficacement.

Ces méthodes cherchent toutes trois à nier la complexité du monde. »...

« La quatrième et dernière consiste à créer un dogme, à placer notre confiance dans une théorie, une institution ou un chef, censées tout savoir et à les suivre, où qu'ils nous conduisent. »

Oui ce texte mérite d'être lu. Pour être médité.

Il semble que dans l'ensemble de cet ouvrage il s'agisse moins de leçons que de coups de projecteur sur les lacunes de l'organisation humaine. Il en résulte une ébauche de constat global et non un plan d'action politique.

C'est en quelque sorte un « briefing » préalable à la participation à une compétition de télé-réalité dont les joueurs, leurs parent et même leurs grands parents ne sont pas encore nés.

Notre pays se flatte d'avoir l'esprit vif. Mais en voyant déferler revendications et débats, nous avons parfois la comprenoire un peu lente !

On dit que les responsabilités sont tellement intriquées que chacun est comptable de toutes les injustices et de toutes les misères du monde. Nous avons tous du pain noir et sec sur la planche.

Après avoir tant critiqué la société de consommation, nous découvrons qu'il existe encore une société de non-consommation. Je l'ai bien connue en mon enfance, durant l'occupation allemande. Devinez laquelle je préfère.

Depuis de longs mois, le Souverain et le Peuple Souverain chantent avec Gilbert Bécaud :

« Et maintenant, que vais-je faire ? » La question peut paraître ringarde.

À force de tarder, la réponse risque de l'être davantage.

Comme disait Pierre Dac :

« La justice immanente est rarement imminente . »

 

Pierre Auguste

Le 10 avril 2019